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Le jeudi 2 septembre 2010, à Buenos Aires, les argentins ont souhaité remercier Denise Anne Clavilier pour le travail de diffusion de la culture tanguera qu’elle effectue en France. Elle devenait Académicienne correspondante de l’Academia Nacional del Tango, que préside depuis 20 ans le poète Horacio Ferrer.

 

Denise Anne Clavilier sera à Orléans, VENDREDI 24 SEPTEMBRE à 20h30, à la salle des Chats Ferrés, afin de vous présenter son anthologie intitulée Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins.

 

Découvrez l’auteure grâce à ces extraits d’un entretien accordé à Laruedubac à l’occasion de la sortie de l’ouvrage en mai dernier.

 

Laruedubac : Pourquoi avoir voulu ce livre regroupant les plus beaux tangos argentins ?

Denise Anne Clavilier : Je ne sais pas si Barrio de Tango présente les « plus beaux tangos argentins ». Ce n’est pas le critère qui m’a guidée et j’aurais été bien embarrassée pour en choisir un nombre raisonnable… J’ai donc surtout choisi des tangos significatifs (et pour 99% d’entre eux ils sont effectivement très beaux, sur le plan de la poésie, car la poésie du tango est d’une grande beauté, d’une grande richesse). Barrio de Tango présente des tangos qui disent surtout le lien indestructible, le lien constitutif, le lien organique qui existe entre le tango et la ville de Buenos Aires. Le tango se nourrit de la ville et la ville se nourrit du tango. J’ai écrit ce livre parce qu’au moment où j’ai découvert que le tango était un univers culturel complexe et complet, vers 2004, je n’ai rien trouvé dans les librairies françaises qui apporte des réponses satisfaisantes et autres que superficielles aux questions que je me posais sur le sens historique, politique, social, esthétique, littéraire des textes de tango que je lisais et que j’essayais de comprendre. Et si j’en crois les réactions du public que je rencontre maintenant depuis que le livre est devenu une réalité concrète, parmi les danseurs qui fréquentent le même cours que moi, dans un salon du livre comme celui d’Arras où je suis allée le 1er mai ou à la Maison de l’Argentine où j’ai présenté le livre le 3 mai, ce manque, beaucoup de gens le ressentent aussi. Comme j’ai une formation littéraire et un goût profond pour la recherche, je me suis mise en tête de dresser un panorama du tango au plus près de ce que vivent les Argentins et surtout les Portègnes [habitants de Buenos Aires] dans un livre facile à consulter et à lire (même dans les transports en commun).

Il se trouve que dresser un panorama du tango en moins de 200 textes, c’est difficile. Imaginez donc : le répertoire de tango classique, le tango d’avant 1975, compte bien 500 textes de grande valeur littéraire et je ne parle pas des tangos instrumentaux, qui sont aussi nombreux. Et il y a encore tous ceux d’après 1975, qui ne sont pas encore entrés dans le répertoire considéré comme classique pour une raison qui n’a pas grand chose à voir avec le tango. En 1975, une conjonction d’événements malheureux a coupé le lien existant jusque-là entre la création artistique (du tango) et le public argentin.  Deux événements qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre mais qui interviennent à quelques mois de distance : la rupture sentimentale entre Astor Piazzolla et Amelita Baltar qui entraîne ipso facto la disparition d’un trio créateur qui avait gagné, depuis 1969, un bel accès au public (le trio Piazzolla-Ferrer-Baltar) et, aussitôt après, le coup d’État du 23 mars 1976 qui a instauré une dictature militaire très hostile aux droits de l’homme et parmi les droits de l’homme, la manifestation de l’argentinité dans tous les domaines, y compris bien sûr la culture.

La Dictature de 1976-1983, pur produit de la Guerre Froide, voulait soumettre l’Argentine aux intérêts des États-Unis. Or le tango, c’est l’expression par excellence d’une volonté argentine d’autonomie culturelle, d’identité culturelle nationale (c’est à dire non imposée par d’autres puissances, coloniales ou néo-coloniales). Le tango a toujours été ça, depuis l’origine, depuis les années 1880.  Il fallait donc faire taire le tango ou le réduire à n’être qu’un pur divertissement superficiel.  La Dictature a tout fait pour amoindrir le rapport du public au tango et du tango au public, au point qu’il y a presque eu une rupture dans la transmission entre les grands maîtres surgis dans les années 40 et les jeunes musiciens qui se formaient dans les années 70 et 80.  C’est ainsi que dans la perception qu’a le public argentin (et international, c’est encore pire) de la constitution du répertoire, il y a un avant et un après 1975-1976.  Je ne voulais donc surtout pas me laisser arrêter par cette date fatidique.  Cela aurait été faire gagner la Dictature, un quart de siècle après le retour de la Démocratie en Argentine. Je voulais donc que mon livre fasse aussi une place à la création contemporaine.

Ainsi donc si je voulais faire une anthologie qui ne trahisse pas le tango, où les Argentins pourraient reconnaître leur tango, « el tango nuestro » comme ils disent si souvent, il fallait rassembler un peu plus de 200 tangos, sans pour autant dépasser les 300 pages de manuscrit (à plus de 300 pages, aucun éditeur n’en aurait voulu), une sélection de tangos qui parlent d’un peu tout (car le tango embrasse tous les domaines de la vie des hommes), autour d’un axe qui donne sa cohérence au livre (en l’occurrence, j’ai choisi le lien organique avec la ville) et une progression pour que le lecteur soit un tant soit peu tenu en haleine, qu’il ait envie de parcourir tout le livre, de découvrir et de découvrir encore, et encore, et encore. Si l’auteur ne se donne pas la peine d’insuffler au lecteur l’envie de parcourir son livre dans son intégralité, il lui sera difficile de partager sa passion avec son lecteur, difficile de lui faire découvrir un univers.

 

Laruedubac : Qu’espérez-vous apporter de plus aux lecteurs qui achèteront ce livre  ?

Denise Anne Clavilier : « De plus » que quoi ?  Entrer en compétition ne m’intéresse pas.  J’ai la chance d’avoir accès à cette culture dans le texte, d’en être passionnée.  Est-ce que j’ai le droit de garder ça pour moi comme Harpagon garde sa cassette jusqu’à laisser mourir de faim toute sa maison ? J’ai envie de transmettre cette passion, cet intérêt, cette richesse, qui est souvent insoupçonnée de mes compatriotes francophones. J’espère donc que les lecteurs vont découvrir toute la profondeur, toute la richesse d’un véritable univers, qu’ils pourront s’initier au tango vivant, qu’ils apprendront à discerner entre commercial et authentique.  J’espère aussi leur donner l’envie d’aller là-bas pour rencontrer les gens, pour goûter au vrai tango, avec les vrais artistes en chair et en os, dans les vrais lieux de Buenos Aires que je présente à travers mon blog, www.barrio-de-tango.blogspot.com et aussi dans le livre, grâce aux esquinas (les récits-têtes de chapitre de mon livre), les illustrations de Barrio de Tango et aussi à travers ce que leur raconteront les tangos, les valses, les milongas, les candombes que j’ai traduit.

 

Lisez l’article intégral : http://laruedubac.com/2010/05/06/barrio-de-tango-de-denise-anne-clavillier/

 

Lisez l’article de ce blog consacré à l’ouvrage : 231 textes de tangos traduits : Barrio de Tango

 

Lisez l’article de Denise Anne sur le 20ème ‘anniversaire de l’Academia Nacional del Tango : http://barrio-de-tango.blogspot.com/2010/06/la-academia-nacional-del-tango-souffle.html

 

RESERVEZ VOTRE SOIREE CONFERENCE DU 24 SEPTEMBRE EN TELEPHONANT AU 06 98 22 38 47, ou par mail tangoporteno.orleans@free.fr. L’entrée est libre mais la capacité de la salle est limitée.

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L’Academia Nacional del Tango, au dessus du Café Tortoni,  photographiée par Denise Anne Clavilier.