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DES PIEDS …
Nos lecteurs tangueros reconnaitront sans aucun doute sur la pochette ci-dessus le jeu de pieds de François et Claire, dont ils suivent les cours hebdomadaires à Orléans.  D’autres auront peut-être déjà vu ces mêmes pieds sur le blog de notre photographe officiel et ami ERic ROSier, alias EROS, qui publie cette pochette de disque et un commentaire dans lequel vous
découvrirez comment et à la suite de quoi, les pieds de vos professeurs se retrouvent désormais sur les 1500 pochettes du CD qu’un groupe suisse consacre à Astor Piazzolla. Voir le lien au bas de cet article.

A LA TÊTE … 
Le tango est-il – une musique pour danser ?  une musique pour chanter ? une musique pour écouter ?

En 1917, lorsque Carlos Gardel accompagné du guitarriste José Razzano interprète le texte de Pascual Contursi « Mi noche triste », et que Enrique Santos Discépolo dit de lui qu’il fait « monter le tango des pieds aux lèvres », cela ne signifie pas que Gardel est l’inventeur du tango chanson. En effet, des enregistrements datant de 1908 attestent de l’existence antérieure du tango chanson. Mais Gardel innove car il ose présenter cette musique de parias devant le grand public bourgeois de Buenos-Aires. Il leur fait découvrir une musique dansée depuis plus d’une trentaine d’années dans les bas quartiers de la capitale argentine, où néanmoins les jeunes bourgeois aiment s’encanailler… !

Par la suite, certains orchestres de tango donneront plus de place aux chanteurs, cependant que d’autres privilégieront des musiques davantage dédiées à la danse. Lorsque Juan D’Arienzo engage le pianiste Rodolfo Biagi en 1935, le style de son orchestre devient plus piqué, plus incisif, et plaît beaucoup aux danseurs. Les chanteurs ont alors des difficultés à se faire entendre, mais D’Arienzo déclare : «  Le tango appartient aux orchestres, pas aux chanteurs ».

AVEC ASTOR PIAZZOLLA (1921-1992) …
Astor Piazzolla naît à Mar del Plata le 11 mars 1921. Pour ses 9 ans son père lui offre un bandonéon acheté d’occasion. Il se met à l’étudier et compose son premier tango à 11 ans. Puis il tient un petit rôle de vendeur de journaux dans le film “El Día que me Quieras” (1935), écrit par Alfredo Le Pera avec Carlos Gardel et Rosita Moreno dans les rôles phares.  Piazzolla joue également dans l’orchestre qui interprète la bande sonore du film.

A 18 ans, Piazzolla joue déjà dans plusieurs orchestres.
A 23 ans, il dirige l’orchestre du chanteur Francisco Fiorentino.
A 25 ans, il crée son propre orchestre.

En 1953, il remporte le premier prix d’un concours (Fabian Sevitsky Prize) où il présente sa “Sinfonia Buenos-Aires“, et gagne ainsi une bourse d’étude d’un an en France pour suivre des cours de composition auprès de Nadia Boulanger, élève de Ravel, laquelle le convainc d’abandonner son rêve de devenir un compositeur classique afin de se consacrer au tango uniquement. Néanmoins, la “Sinfonia Buenos-Aires” qui lui vaut ce prix est par ailleurs vivement critiquée par les tangueros orthodoxes qui estiment que sa création n’est tout simplement pas du tango !

De retour à Buenos-Aires en 1955, Piazzolla fonde à nouveau un orchestre, le Octeto Buenos Aires, puis part à New-York en 1958. Il y travaille comme arrangeur de musiques de films pendant deux ans et retrouve le jazz qu’il a toujours aimé. Lorsqu’il fonde le Quinteto Tango Nuevo en 1960, Piazzolla maîtrise complètement le bandonéon. Sa démarche se veut une exploration sonore qui rappelle celle du free jazz.  Il joue principalement son propre répertoire, se démarquant des rythmes conventionnels du tango à danser, et parfois du tango tout court. A ceux qui critiquent sa musique, difficilement dansable, il répond :

 “J’en ai marre que tout le monde me dise que ma musique n’est pas du tango. Je leur dis que, bon, s’ils veulent, ma musique est celle de Buenos-Aires. Mais la musique de Buenos-Aires, comment l’appelle-t-on ? Tango. Alors ma musique est tango.”

Lorsqu’il débarque à nouveau à Paris en 1970, le succès est international et populaire. Ses oeuvres semblent parfois s’éloigner de plus en plus du tango, il s’associe à des jazzmen et écrit de nombreuses musiques de films.  Il retourne aux états-unis dans la seconde moitié des années 1980 et y enregistrera ses trois derniers disques.

Piazzolla meurt le 4 juillet 1992, laissant derrière lui une importante dicographie. Son tango nuevo influence beaucoup d’artistes contemporains vers une recherche novatrice et une revisite du répertoire traditionnel.  Toute une génération actuelle s’en inspire, parmi lesquels Gotàn Project, Narcotango, Bajofondo Tango Club, ou Otros-Aires, dont la musique mêle instruments de musique et sons électroniques.

En savoir plus sur l’orchestre suisse et Astor Piazzolla : http://labandaneon.ch/ 
Visiter le site de notre photographe ERic ROSier :  http://erosfoto.over-blog.com/article-musique-tango-bandaneon-astor-piazzolla-41666691.html.